Pourquoi les femmes sont-elles plus touchées par le burn-out ? Ce que disent les chiffres
Par Cécile Rivière, Sophrologue certifiée
Tu l'as peut-être déjà ressenti autour de toi, ou vécu toi-même : cette impression que la charge ne redescend jamais vraiment, même le week-end, même en vacances. Ce n'est pas une impression. Les chiffres le confirment, et ils sont sans appel.
Ce que disent les données officielles
Selon une analyse de Santé publique France, la souffrance psychique liée au travail concerne 5,9 % des femmes contre 2,7 % des hommes en 2019, soit le double par rapport à 2007. Autrement dit : la souffrance au travail a doublé en douze ans, pour les deux sexes, mais elle reste deux fois plus fréquente chez les femmes.
Ces chiffres ont été confirmés et relayés jusqu'à l'Assemblée nationale : une enquête du Monde publiée début avril 2024 indique que les femmes sont nettement plus touchées par le burnout que les hommes, avec une souffrance psychique deux fois plus élevée, associée à des troubles anxieux et dépressifs.
Du côté des baromètres d'entreprise, la tendance se confirme : 44 % des femmes déclarent une mauvaise ou moyenne santé mentale, contre 32 % des hommes, d'après le baromètre Malakoff Humanis. Et une enquête plus récente (Moka.care x GHU Paris x Ifop, 2025) va dans le même sens, avec un stress chronique et un burn-out récent nettement plus fréquents chez les salariées que chez leurs collègues masculins.
Petite nuance importante : toutes les études ne convergent pas exactement sur les mêmes proportions (les définitions et méthodologies varient), mais la direction reste constante depuis plus de dix ans, toutes sources confondues.
D'où vient cet écart ?
Plusieurs facteurs, bien documentés, s'additionnent :
- La double journée. Le travail rémunéré ne remplace pas la charge domestique et familiale, il s'y ajoute. C'est souvent la tension entre les deux qui use, plus que chacune prise isolément.
- La charge mentale invisible. Anticiper, planifier, se souvenir à la place des autres — ce travail cognitif est rarement reconnu comme un travail, et donc rarement partagé.
- Le plafond de verre et la charge relationnelle. Les femmes occupant des postes à responsabilité rapportent souvent un rôle de soutien émotionnel des équipes, en plus de leurs objectifs propres.
- Un sous-diagnostic historique. Le burn-out a longtemps été étudié sur des populations à dominante masculine, ce qui a retardé la reconnaissance des signaux spécifiques chez les femmes — d'où, aussi, des chiffres qui restent difficiles à comparer d'une étude à l'autre.
La sophrologie et la nature : un espace pour redescendre
Face à une charge qui est avant tout mentale et invisible, les réponses classiques (mieux s'organiser, déléguer davantage) ne suffisent pas toujours : elles agissent sur la charge elle-même, rarement sur la façon dont le corps et l'esprit ont appris à rester en état d'alerte permanent.
C'est là qu'intervient la sophrologie. Contrairement à une simple technique de relaxation ponctuelle, elle travaille sur la durée à réapprendre au corps à reconnaître ses propres signaux de fatigue, avant que l'épuisement ne s'installe. Respiration, relâchement musculaire, visualisation : ce sont des outils concrets, mobilisables à tout moment de la journée, y compris dans les fentes de temps les plus courtes — ce qui compte particulièrement pour des femmes dont l'agenda laisse peu de place à de longues parenthèses.
La nature, elle, ajoute une dimension supplémentaire. Sortir du cadre habituel — bureau, maison, écrans — coupe littéralement avec les déclencheurs de la charge mentale quotidienne. Le rythme plus lent de la marche, les repères sensoriels naturels (lumière, sons, textures) aident à sortir du mode "hyper-vigilance" qui caractérise justement l'épuisement professionnel. Combiner sophrologie et nature, c'est offrir un espace où le corps peut vraiment lâcher, pas seulement faire une pause de façade.
Ce n'est pas une solution magique face à des causes structurelles bien réelles (charge domestique, plafond de verre, sous-reconnaissance). Mais c'est un espace de récupération réel — et souvent, c'est ce point d'appui qui permet de retrouver assez de clarté pour, ensuite, faire bouger ce qui doit l'être autour de soi.
Ce que ça change, concrètement
Ce n'est pas une fatalité biologique. C'est une accumulation de charges structurelles — professionnelles, domestiques, mentales — qui touche statistiquement plus les femmes parce qu'elles en portent statistiquement plus. Le comprendre, c'est déjà se déculpabiliser un peu. Et se donner un espace pour respirer vraiment n'est pas un luxe : c'est souvent la première étape pour tenir, puis pour changer les choses.
Sources citées :
- Santé publique France (2019, relayée par la Fondation pour la Recherche Médicale et Courrier Cadres)
- Assemblée nationale, question n°17125
- Baromètre Malakoff Humanis (via Careerminds)
- Enquête Moka.care x GHU Paris x Ifop, 2025
