Sophrologie : que dit vraiment la science ?
On entend parfois dire que la sophrologie « n'a rien de scientifique » — ou à l'inverse, qu'elle est « scientifiquement prouvée ». La vérité, comme souvent, se situe entre les deux. Il semble important de donner les preuves scientifiques telles qu'elles sont, sans les enjoliver, plutôt que de vendre une promesse qui ne tiendrait pas. Cet article fait donc le point, avec le plus de rigueur possible, sur ce que la recherche dit réellement de l'efficacité de la sophrologie.
Qu'est-ce que la sophrologie, en quelques mots ?
La sophrologie a été créée en 1960 par le psychiatre colombien Alfonso Caycedo. Elle s'appuie sur des techniques de relaxation, des exercices de respiration et des exercices de visualisation positive, dans le but de créer une meilleure harmonie entre le corps et l'esprit. C'est une pratique relativement récente, ce qui explique en partie pourquoi la recherche scientifique à son sujet est encore en construction. Elle n'est pas non plus réglementée en France, et chaque sophrologue peut avoir sa propre approche — un élément qui complique l'évaluation scientifique globale de la méthode.
Ce que dit le rapport de référence en France (INSERM, 2020)
En décembre 2020, l'INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale) a publié, à la demande du ministère de la Santé, un rapport d'expertise sur l'efficacité et la sécurité de la sophrologie. Sa conclusion est claire : il existe encore très peu d'études scientifiques rigoureuses sur le sujet. Ce n'est pas une condamnation, c'est un constat.
Ce même rapport identifie toutefois trois domaines où la sophrologie montre un intérêt relatif :
- la prise en charge de l'asthme chez l'enfant,
- la fibromyalgie,
- le stress chez l'adulte.
Il évoque aussi un bénéfice possible, en complément d'autres traitements, dans la gestion de la douleur — notamment chez les femmes souffrant d'endométriose. Ce rapport reste aujourd'hui la référence la plus sérieuse disponible en France sur le sujet, et c'est la raison pour laquelle il constitue le point de départ de cette analyse.
Des études scientifiques isolées, mais encourageantes
En dehors de ce rapport global, plusieurs études ponctuelles apportent des résultats intéressants.
Une étude publiée en 2020 dans les Annales françaises d'Oto-rhino-laryngologie et de Pathologie Cervico-faciale a suivi 140 patients souffrant d'acouphènes subjectifs, une pathologie qui touche environ 95 % des personnes concernées par les acouphènes en France. Après un cycle complet de 6 à 8 séances de sophrologie, réparties sur 2 à 4 mois, 136 des 140 patients ont constaté une amélioration de leur état. Ces résultats ont contribué à une meilleure reconnaissance de la méthode dans ce domaine précis.
Une autre étude, parue dans The European Journal of Psychiatry en 2010, s'est penchée sur des étudiants en période d'examens — une population particulièrement exposée au stress. Elle a montré des effets positifs sur la gestion de l'anxiété liée à cette période. Une étude menée en 2018 auprès d'employés du secteur de la santé, une profession également soumise à une forte pression, a par ailleurs révélé une diminution significative des niveaux de stress après un accompagnement en sophrologie.
Ces résultats sont encourageants, mais la prudence reste de mise : ce sont souvent des études menées sur des échantillons de taille limitée, sans toujours de groupe témoin, ce qui restreint leur portée au sens strict de la méthodologie scientifique. C'est précisément ce que souligne le rapport de l'INSERM : la sophrologie manque encore d'un socle de recherche suffisamment large et standardisé pour tirer des conclusions définitives.
Sophrologie et épuisement professionnel : ce que l'on sait
C'est une question centrale, tant l'épuisement professionnel touche de plus en plus de monde en France. Selon une analyse de Santé publique France, la souffrance psychique liée au travail concernait 5,9 % des femmes en 2019, contre 2,7 % des hommes — un chiffre qui a doublé depuis 2007.
Il n'existe pas, à ce jour, d'étude scientifique dédiée spécifiquement au lien entre sophrologie et burn-out. En revanche, la sophrologie dispose de données plus solides sur sa capacité à réduire le stress chez l'adulte, ce fameux terrain sur lequel le burn-out se construit, souvent des mois avant qu'il ne soit repéré. Agir sur ce terrain en amont — plutôt que d'attendre l'épuisement complet — reste l'un des apports les plus concrets que peut offrir un accompagnement en sophrologie.
Pourquoi la sophrologie garde sa place, avec lucidité
Présenter la sophrologie comme un remède miracle validé par la science serait malhonnête. Ce que l'on peut dire, avec un regard scientifique, c'est que la recherche sur ce sujet est jeune, qu'elle progresse, et que les premiers résultats vont dans le bon sens — en particulier sur la gestion du stress. La sophrologie n'a pas besoin d'être présentée comme une vérité scientifique absolue pour avoir sa place : elle a besoin d'être pratiquée avec sérieux, dans un cadre honnête, et si possible en complément d'un suivi médical ou psychologique quand la situation le demande.
Pour celles et ceux qui sentent que l'épuisement s'installe, des ressources gratuites anti-épuisement sont disponibles sur le profil — un premier pas simple avant d'envisager un accompagnement.
